Le CBD peut-il soigner la schizophrénie ?

La schizophrénie est un trouble mental qui modifie la perception de la réalité et de la pensée dont la cause se rattache aux perturbations dans le développement du système nerveux central (SNC).

Il est courant que les personnes schizophrènes soient victimes d’hallucinations, de délires, de croyances paranoïaques ainsi que d’un langage désorganisé.

Les traitements existent, souvent à base d’antipsychotiques, et sont souvent compliqués pour les patients, notamment pour leurs effets secondaires.

Ces traitements arrivent également à contrôler les délires ou hallucinations, qui font partie de la maladie, mais parfois ne peuvent pas réduire les autres symptômes, tels que l’apathie, les émoussements émotionnels ou encore les troubles de mémoire ou de l’attention.

De nombreux patients recherchent donc des solutions alternatives et des traitements naturels, plus enclins à s’adapter à la complexité du corps humain.

Dans cette optique, nous avons voulu savoir si le cannabidiol (CBD), molécule présente dans la plante de chanvre, aussi appelé cannabis sativa, avait été analysé dans le cadre de traitement contre la schizophrénie.

Au fil des lectures de la documentation scientifique, nous avons été très surpris par les résultats des recherches.

Que savons-nous sur la schizophrénie ?

Le CBD à des propriétés favorables à la diminution des symptômes de la schizophrénie.

La schizophrénie est une maladie psychiatrique qui affecterait environ une personne sur 100. Elle s’accompagne de symptômes variés qui apparaissent chez le jeune adulte dans la plupart des cas.

On retrouve plusieurs groupes de symptômes :

  • Symptômes positifs : délires, hallucinations
  • Symptômes négatifs : mutisme, aboulie, avolition, athymhormie, apathie et alogie
  • Les troubles cognitifs : les difficultés d’attention et de mémoire
  • Les troubles dissociatifs : trouble de la pensée, trouble du langage, ambivalence, catatonie

La plupart des médicaments arrivent à contrôler et réduire les symptômes psychiques, mais sont beaucoup moins efficaces pour les 2 autres groupes de symptômes.

Dans l’approche médicale classique, il n’est pas sûr de pouvoir traiter efficacement la maladie.

Un bon niveau d’oméga-3 aiderait à prévenir la schizophrénie

Des études ont montré que les personnes souffrant de schizophrénie présentent un niveau réduit d’oméga-3.

Les oméga-3 sont importants pour la santé, notamment pour éviter les risques cardiovasculaires. Ils aident à la fluidité du sang dans les vaisseaux sanguins notamment.

En 2010, des chercheurs de l’université de Vienne (Autriche), ont publié de premiers résultats sur la capacité des oméga-3 à réduire le risque de développer un trouble psychotique comme la schizophrénie.

L’étude a rassemblé de jeunes adultes et des adolescents, entre 13 et 25 ans, à très haut risque de psychose. Cette étude clinique s’est déroulée sur un an. Pendant 12 semaines, 41 participants ont reçu 1,2 g d’oméga-3 par jour et 40 autres participants ont reçu un placebo.

En 2015, l’équipe a publié les résultats de l’évolution sur plusieurs années du groupe. Finalement, seules 4 personnes ayant reçu le traitement à base d’oméga-3 ont finalement développé une psychose, contre 16 dans le groupe placebo.

Ces résultats ont permis de comprendre qu’il était possible de trouver dans la nature des molécules capables de traiter et prévenir certaines maladies psychiatriques.

La bonne nouvelle est que les huiles de CBD sont très riches en oméga-3.

Il est assez difficile de trouver des produits naturels riches en oméga-3 dans la nature, la plupart de ces huiles se retrouvent dans les poissons gras, comme le hareng, le maquereau, ou encore des huiles grasses, telles que les huiles de noix ou de colza.

Les huiles de CBD, ou les produits au cannabidiol seraient donc de bonnes options pour renforcer les apports en oméga-3 de l’organisme.

La schizophrénie : maladie auto-immune ?

Plusieurs études et documents (voir cette thèse), ont permis de mettre en lumière le rôle d’anticorps, issue du système immunitaire et qui attaquent les récepteurs NMDA du système nerveux central.

Ces recherches sont importantes, bien que compliquées à comprendre pour qui ne travaille pas en neuro-science.

Pour faire simple, nous dirons que chez les personnes schizophrène, il semblerait que des anticorps s’attaquent à ces récepteurs NMDA, responsables de la communication neuronale.

Ces récepteurs NMDA peuvent être animés, c’est-à-dire qu’il est possible de les influencer pour qu’ils s’activent ou qu’ils diminuent leur intensité.

Cependant, trop d’activation peut entraîner la mort des neurones, et donc avoir des effets désastreux sur la mémoire et le psychisme. Trop peu d’activation entraînerait une réponse insuffisante et laisserait les anticorps “anti-NMDA” détruire ces récepteurs petit à petit.

Nous nous posons donc la question suivante :

Serait-il possible d’agir sur les récepteurs NMDA pour améliorer l’homéostasie neuronale et restaurer les fonctions de ces récepteurs ?

La bonne nouvelle, c’est que le système endocannabinoïde inhérent au corps humain, via ces propres récepteurs peut interagir sur les récepteurs NMDA.

Agir sur le système endocannabinoïde pour traiter la schizophrénie

Le CBD interagit sur le système endocannabinoïde et peut ainsi traiter différents symptômes, dont ceux de la schizophrénie.

Notre corps possède un système endocannabinoïde composé de récepteurs CB1 (principalement présents dans le système nerveux central), et CB2 (principalement présents dans le système immunitaire).

Il a été dé couvert il y a déjà plusieurs années, que les cannabinoïdes tels que le CBD peuvent interagir avec ces récepteurs internes.

Ce système endocannabinoïde a pour principale fonction d’assurer l’équilibre de notre organisme.

Plusieurs études ont permis d’identifier que le niveau de récepteurs CB1 est perturbé en cas de schizophrénie. Les personnes présentant les plus faibles niveaux de récepteurs CB1 sont aussi celles présentant les troubles cognitifs les plus importants.

Il y aurait donc un lien entre la présence de récepteurs endocannabinoïde CB1 et la sévérité des troubles cognitifs.

Les actions des 2 principaux cannabinoïdes présents dans la nature sont très différentes sur le système endocannabinoïde.

Le THC imite les troubles de la schizophrénie et peuvent déclencher à la fois les symptômes positifs, les symptômes négatifs et les troubles cognitifs.

Les consommateurs de cannabis ont près de 4 fois plus de risque de développer une schizophrénie.

Au contraire, le cannabidiol semble avoir un effet positif sur la réduction des troubles mentaux, et sur le traitement même de la schizophrénie.

Le CBD, serait-il la solution pour traiter la schizophrénie ?

Expérimentation clinique avec du CBD pour soigner la schizophrénie.

Le cannabidiol (CBD), un phytocannabinoïde extrait du cannabis, exerce un effet opposé à celui du THC et inhibe même ses effets.

Les propriétés antipsychotiques du CBD ont été confirmées par un essai clinique (sur des humains).

Durant 6 semaines, 43 personnes atteintes de schizophrénie ont reçu 1 g par jour de CBD, les 45 autres personnes ont reçu un produit placebo.

À l’issue du traitement, les participants sous CBD présentaient moins de symptômes positifs ainsi qu’une amélioration de leurs performances cognitives et de leur fonctionnement global.

Le traitement par CBD a été bien toléré par les patients.

D’autres études ont souhaité identifier le plein potentiel du CBD.

Pour évaluer les effets anxiolytiques possible du CBD chez l’homme, une étude a été menée sur des volontaires. Ces derniers ont été soumis à une prise de parole en public après administration de 300 mg de CBD.

Les résultats ont montré que le CBD a permis d‘atténuer l’anxiété des participants, avec une bonne tolérance de ces derniers. Cela nous rappelle notre dossier sur l’anxiété.

De ces études ont découlé des résultats précliniques (sur les animaux) et des résultats cliniques (sur les humains) qui suggèrent que le CBD puisse être une alternative efficace, sûre et bien tolérée dans le traitement des patients schizophrènes.

Le CBD semble également avoir un profil pharmacologique similaire à celui des antipsychotiques.

Dans certains cas, le CBD a empêché la psychose chez des humains et a été efficace dans des essais cliniques chez les patients atteints de schizophrénie.

Ces résultats soutiennent l’idée que le CBD peut être une option thérapeutique pour le futur, dans le traitement de la psychose en général, et dans la schizophrénie en particulier.

Étude : le CBD, dernier rempart contre une schizophrénie résistante

Une femme de 57 ans ayant 21 ans d’antécédents de schizophrénie a été admise en clinique expérimentale après une tentative de suicide.

Les principaux symptômes, qui persistent depuis l’âge de 48 ans, sont des hallucinations acoustiques continues sous la forme de voix fortes lui ordonnant de se suicider (“Allez ! Fais-le !”) et des symptômes négatifs graves.

Elle a déjà fait huit tentatives de suicide à cause de ces voix constantes. Les traitements antérieurs comprenaient des antipsychotiques atypiques (clozapine, olanzapine, rispéridone, aripiprazole) et typiques (halopéridol, flupenthixol) et deux séries de 12 traitements de thérapie électro convulsive.

Approche classique : renforcer les traitements actuels

Lors de son admission à la clinique, le patient, qui a été hospitalisé pendant 13 mois au cours des deux dernières années, était gravement malade.

Le score total sur l’échelle du syndrome positif et négatif (PANSS) était de 117, et le score sur l’échelle négative était de 41.

Les scientifiques, dans leur approche clinique ont augmenté la clozapine préexistante à 275 mg/jour et ont poursuivi la lamotrigine à 225 mg/jour. Cependant, les symptômes sont restés inchangés.

Ils ont ensuite appliqué 12 ECT (Électro convulsive thérapie) supplémentaires, là encore sans aucun effet.

Approche expérimentale : traitement de la schizophrénie avec du CBD

Dans une approche expérimentale, les scientifiques ont donc ajouté 500 mg de CBD par voie orale deux fois par jour pendant 7 semaines.

Après avoir augmenté le CBD à 750 mg deux fois par jour, les voix ont progressivement cessé après 2,5 semaines, et ce pendant 8 mois.

De plus, les symptômes négatifs se sont encore améliorés. À la sortie, le score total du PANSS a été réduit à 68 et le patient a rempli les critères de rémission avec seulement des symptômes négatifs légers (Échelle négative du PANSS : 21).

Le CBD n’a pas affecté les niveaux de clozapine et a été bien toléré, à l’exception d’un léger tremblement transitoire de la main.

La molécule de cannabidiol agit à la fois indépendamment et en dépendance de la signalisation des récepteurs cannabinoïdes CB1/CB2, malgré une faible affinité.

Ne bloquant pas les récepteurs dopaminergiques D2, ses propriétés antipsychotiques sont transmises différemment de celles des antipsychotiques classiques.

L’amélioration frappante est liée à la fois à la dose, qui provoque des taux sanguins élevés, et à la durée du traitement. L’étude de cas contredit l’hypothèse selon laquelle “le CBD n’est pas susceptible d’être supérieur aux antipsychotiques existants“.

En fait, le CBD pourrait être particulièrement adapté aux patients qui sont résistants aux antipsychotiques en raison de son mode d’action différent.

Conclusion

Les maladies mentales sont complexes et génèrent des douleurs avec une dimension émotionnelle importante. Nous l’avons vu au début de notre article, les symptômes sont beaucoup plus compliqués à traiter.

Certains symptômes pourront être soignés avec des antipsychotiques, d’autres auront besoin de beaucoup plus de traitements.

Malgré tout, il existe de nombreuses possibilités dans les cannabinoïdes, comme le CBD, qui permettrait de diminuer les crises psychotiques.

Les recherches sur le sujet et les essais cliniques sont incroyables. D’un point de vue scientifique, ce sont des avancées importantes qui ouvrent la porte à un futur thérapeutique beaucoup plus naturel et tout aussi performant.

Traiter les maladies psychotiques est très compliqué ; il existe de nombreux facteurs, environnementaux et génétiques notamment, qui doivent être pris en compte sérieusement. Les médicaments actuels ne peuvent pas aller au bout des traitements, ni lutter contre l’ensemble des symptômes.

Grâce à l’arrivée d’Internet et l’accès accru à l’information, nous pouvons nous informer plus rapidement, et partager l’information aux 4 coins du monde en un rien de temps.

Les progrès de la génétique sont aussi récents (années 2000) et permettent d’accélérer les recherches scientifiques dans leur ensemble.

Le chanvre, comme d’autres plantes, a des effets thérapeutiques encore inexploré et n’a pas encore eu la chance d’exprimer son plein potentiel. Nous sommes certains que le futur sera brillant.

Auteurs:
Floris Prieu
Floris Prieu
Intéressé par tout ce qui est nouveau, Floris rejoint l’équipe de Greentropics, mi 2020. Sa mission principale est d’aider les lecteurs à comprendre les enjeux sociétaux, qu’ils soient économiques, sociaux, ou environnementaux.
References

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