L’usage du CBD dans les dystonies

Certains de nos followers, sur notre compte Instagram nous ont réclamé plus d’informations sur l’usage de CBD pour les dystonies généralisées. C’est un sujet qui touche beaucoup de personnes, et ce, sur plusieurs continents.

De nombreux patients, atteints par l’une des dystonies, souhaitent pouvoir accéder aux bienfaits du cannabis et du CBD en particulier pour les aider à surmonter les symptômes de leur maladie, voire les effets secondaires de leur traitement.

C’est un sujet épineux, sur lequel il faudra être patient, car il y a très peu d’études cliniques et de résultats qui favorise le cannabis comme choix médical.

Nous allons voir dans cet article que la principale difficulté pour les chercheurs réside dans le fait qu’ils ne peuvent pas, ou très peu, utiliser le cannabis médicinal pour évaluer son impact sur les dystonies généralisées.

Ces complications proviennent d’une part des limitations légales imposés par les États pour l’usage du cannabis médicinal (lever petit à petit), et d’autre part, par la difficulté à trouver le bon dosage en THC ou CBD pour vraiment apporter un traitement efficace au patient.

Qu’est-ce que la dystonie ?

L'usage du CBD dans les dystonie: études et recherches scientifiques

La dystonie est une affection neurologique qui génère des contractions musculaires intenses et involontaires et qui provoque des postures anormales des membres du corps humain.

Comme beaucoup de maladies rares, la dystonie, a elle aussi, une origine génétique dans la majorité des cas.

En France, il existerait au moins 30 000 personnes atteintes de dystonie, et 10 % d’entre elles auraient une forme généralisée de la maladie. En parlant de formes, il en existe plusieurs.

La dystonie peut se présenter sous plusieurs formes. La dystonie généralisée est la plus rare, et aussi la plus sévère.

Dans ce cas, les contractions musculaires involontaires peuvent toucher l’ensemble du corps, des jambes jusqu’aux bras, le visage, le cou, et la colonne vertébrale.

L’autre forme, la plus courante, est la dystonie focale, ou localisée. Elle se caractérise par la présence des contractions sur un membre ou groupe de muscles (jambes droites, bras gauche, etc.).

Une dystonie focale peut évoluer en dystonie généralisée avec le temps.

Les dystonies les plus courantes

Les formes de dystonies les plus courantes sont les dystonies focales. Elles sont localisées sur un groupe musculaire précis.

  • La dystonie cervicale (torticolis spasmodique)
  • Le blépharospasme (spasmes au niveau des paupières)
  • Le spasme hémifacial (au niveau du visage)
  • La dysphonie spasmodique (cordes vocales)
  • La crampe de l’écrivain (mains et poignets)
  • La crampe du musicien (mains, poignets, doigts, lèvres, etc.)
  • La dystonie oro-mandibulaire (mâchoire)

Certaines dystonies sont identifiées selon qui les a découvertes. Par exemple, le syndrome de Meige, mis en évidence en 1910 par le neurologue français Henri Meige, inclut une dystonie oro-mandibulaire et blépharospasme.

La maladie de Parkinson et la maladie de Huntington, maladies de dégénérescence des neurones d’une partie du cerveau, peuvent présenter des symptômes de dystonies, lorsque les neurones affectés sont responsables de fonctions motrices (mouvements des jambes, pieds, mains, etc.)

Voilà pourquoi ces maladies sont souvent très liées à la dystonie.

Quels traitements pour la dystonie généralisée ?

Comme il s’agit d’une maladie rare, il n’existe malheureusement pas de traitement permettant de la soigner, mais il existe des traitements permettant de limiter ou réduire les symptômes.

Les principes de la maladie étant encore très peu compris, car les chercheurs n’ont pas encore découvert le processus biochimique du corps qui déclenche les symptômes.

Un neurologue sera la personne la plus apte pour l’identifier et prévoir un traitement afin de réduire les symptômes.

De nombreuses personnes vivent avec une dystonie, et sont capables de vivre sereinement la maladie, de travailler, de manger, de se déplacer, d’avoir des relations amoureuses, etc.

Dans la plupart des cas, les symptômes ne sont pas si handicapants pour vivre au quotidien.

Pour les cas les plus sévères, on remarque que les chercheurs souhaitent trouver une solution permettant de protéger la dégénérescence des neurones.

Le cannabidiol (CBD), molécule non-psychotrope du cannabis sativa et indica, apporte des propriétés neuro-protectrice encore très peu connues, mais qui seraient très prometteuses dans le traitement de nombreuses maladies et troubles neurologiques.

Même s’il existe peu de recherches cliniques sur les humains, la prise de CBD pour traiter les symptômes des dystonies semble très prometteuse.

Tour d’horizon des recherches sur le sujet.

Comment le CBD agit sur la dystonie ?

Le CBD et le THC pourraient améliorer les symptômes des patients atteints de dystonies

Il existe très peu d’études sur le sujet, mais les résultats cliniques des analyses conduites sont particulièrement intéressant.

Dans le cannabis, il existe plusieurs molécules, dont le THC et le CBD, les 2 principales.

Le THC, ou tétrahydrocannabinol est considéré comme drogue, car il contient des propriétés psychotrope, et agit fortement sur le psychisme.

Le CBD, ou cannabidiol, quant à lui, est une molécule, non-psychotrope, offrant des propriétés anxiolytiques, anti-inflammatoires et neuroprotectrices.

Plusieurs études ont été conduites, à la fois avec la prise de CBD, et la prise de THC.

Que disent les études scientifiques ?

Dans une première étude, le patient a informé une amélioration de ses torticolis, après avoir fumé du cannabis. Une seconde étude, a permis d’identifier qu’un patient atteint d’une dystonie hémiplégique du côté droit, à également signalé une amélioration de la maladie après avoir fumé du cannabis une fois par semaine, pendant 3 semaines.

Le soulagement de la douleur aurait persisté 2 jours après chaque prise de cannabis. Le patient a arrêté le traitement aux opioïdes.

Dans une autre recherche clinique, contrôlée cette fois-ci, il a été administré à un musicien atteint d’une dystonie focale (à la main), 5 mg de THC.

Malgré les effets secondaires du THC (troubles de concentration, fatigue, etc.), il a été reporté une amélioration de la motricité de la main atteint de dystonie.

Les effets ont persisté pendant 2 heures après la prise du THC.

Côté cannabidiol (CBD), il a été réalisé un essai clinique durant 6 semaines, sur 5 patients. Les chercheurs ont administré 100 à 600 mg de CBD par jour. Les résultats ont été très modestes.

Certains chercheurs ont souhaité travailler sur la maladie de Huntington, dont certains symptômes peuvent être liés à des dystonies.

Dans cette dynamique, une étude menée sur 15 patients atteints de la maladie de Huntington a été conduite. Il a été administré 10 mg par KG par jour de CBD aux patients.

Les résultats n’ont pas apporté d’amélioration des symptômes de la maladie.

D’autres études, regroupant différentes recherches cliniques, mettent en lumière les effets du THC et du CBD dans la volonté de traiter les symptômes de la dystonie.

On remarque plusieurs points importants :

  • Les études n’ont pas permis de découvrir une amélioration significative des symptômes moteurs après un traitement au CBD.
  • Il semble que le traitement au CBD ne soit pas assez efficace, notamment lorsqu’il est mis en place après l’apparition des symptômes.
  • Le CBD diminue les effets indésirables du THC (Psychose, etc.)
  • Dans le traitement de la Maladie de Huntington avec du CBD, les effets positifs ne sont constatés que lorsque le CBD est associé au THC (comme c’est le cas, dans le médicament Sativex).

Dans un excellent rapport de thèse, soutenue par Jérémie DEMONTOUX, pour son diplôme d’État de docteur en Pharmacie.

Dans la thèse, le praticien, nous explique que des études menées sur le patients malades ont mis en évidence que les cannabinoïdes ont des effets bénéfiques dans la maladie de Parkinson et notamment sur les symptômes de celle-ci, dont les dystonies.

En effet, les applications qui ont fonctionné sont celles faisant état d’un antagoniste aux récepteurs CB1 du système endocannabinoïde, ainsi que d’un agoniste aux récepteurs CB2 de ce même système. Ainsi que des propriétés antioxydantes.

Le cannabis, et particulièrement, la molécule tétrahydrocannabivarine (THCV), un des cannabinoïdes, possède toutes ces propriétés.

Agir sur le système endocannabinoïde

La prise de CBD agirait sur le système endocannabinoïde et aiderait dans le traitement des dystonies

L’antagonisme (opposition) des récepteurs CB1, permet l’augmentation du taux de glutamate et permet ainsi la diminution de l’inhibition de la motricité par le système nerveux (qui probablement aurait une carence en glutamates.)

L’agoniste (action qui va dans le même sens), des récepteurs CB2, permet de diminuer la perte de neurones, et retarder la neurodégénérescence responsable de l’apparition de contractions musculaires intenses et involontaires, caractéristiques des dystonies.

Dans cette thèse, on comprend aussi l’intérêt de la recherche d’un médicament pour traiter les neurodégénérescences en général. Cependant, ce ne sera pas une tâche facile, car il faudra prendre en compte les effets secondaires de la molécule THCV.

Une combinaison avec le CBD pour limiter les effet secondaires et profiter de l’effet d’entourage sera peut-être exploré par les scientifiques.

Il est fort probable, mais pas encore confirmé, que le CBD puisse avoir un rôle davantage préventif que thérapeutique dans le traitement des maladies neurodégénératives.

Conclusion

Le sujet est épineux et complexe, et nous sommes encore qu’au début des recherches associés à l’utilisation du cannabis et de ces différentes molécules pour traiter les symptômes des maladies neurodégénératives.

Il manque encore beaucoup de recherches cliniques et de résultats solides pour pouvoir apporter une solution sécurisée aux nombreux patients qui ne souhaitent qu’une chose : améliorer leur qualité de vie, réduire les symptômes et se débarrasser de la maladie.

Nous pouvons tout de même saluer, l’intérêt scientifique porté à la plante de cannabis comme possible utilisation thérapeutique pour traiter ses maladies.

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References

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