Le chanvre textile : que des qualités !

chanvre textile
Coton naturel, lin, jute… les alternatives aux fibres pétrosourcées ou cultivées avec force chimie reviennent sur le devant de la scène. Mais le champion toutes catégories, pour la protection de la planète et de notre peau, c’est le chanvre !

Si vous êtes conscients que tous vos choix de consommateur impactent l’environnement, vous avez dû certainement penser aussi à vos vêtements. L’origine des matériaux, les conditions de transformation, la fabrication du vêtement, mais aussi l’impact santé sur notre propre peau : tout a son importance. Et s’il y a un champion toute catégorie, quand on commence à comparer les profils “eco-friendly”, c’est bien le chanvre !

C’est simple, il a tout juste : pas besoin d’eau ni de pesticides pour qu’il pousse, pas besoin de produits chimiques pour le traiter, il nettoie les sols pollués et protège les peaux sensibles… un champion !

Greentropics vous présente le chanvre textile, ses qualités mais aussi ses côtés plus complexes qui expliquent pourquoi il n’est pas encore pleinement représenté dans l’industrie textile. Il est d’ailleurs l’objet de recherches passionnantes, pour trouver comment l’exploiter et le transformer plus facilement, et offrir à l’environnement (et à notre peau !) un allié efficace et durable.

D’où vient le chanvre textile ?

Le chanvre est une plante fibreuse qui va avoir un grand rôle à jouer dans la transition écologique sur le marché des textiles et des matériaux. A l’échelle mondiale, les produits pétrosourcés sont remis en question et on se tourne de plus en plus vers les produits biosourcés et renouvelables. Le chanvre est un parfait candidat pour remplacer les matières synthétiques et plastiques, notamment dans les composites pour l’industrie automobile. Et on aimerait voir son utilisation textile se développer pleinement également.

Qu’est-ce que le chanvre ?

Sur le plan botanique, le chanvre est une appellation de l’espèce Cannabis Sativa L. Mais il y a plusieurs types de plantes de Cannabis, plus ou moins riches en THC. Le THC, ou tétrahydrocannabinol, est la molécule à effets psychotropes, qui rend la plante de Cannabis persona non grata dans de nombreux pays.

L’homme a su, au fil des temps, et notamment ces dernières décennies, bien différencier les espèces psychotropes des espèces à très faible taux de THC. Ces dernières sont d’ailleurs autorisées en France, à la culture (pour le textile entre autres) mais aussi à la consommation (les graines de chanvre et leur huile font partie des superaliments, aux multiples bénéfices).

Petit à petit l’appellation “chanvre” a permis de distinguer l’espèce cultivée pour un usage non psychotrope, de l’espèce appelée tout simplement “cannabis”. Puis, on va plus spécifiquement appeler “chanvre industriel” le chanvre cultivé par les filières industrielles pour ses fibres et ses graines.

Dans le reportage ci-dessous une cultivatrice nous explique toutes les vertus botaniques du chanvre :

Les utilisations du chanvre

Tout est bon dans le chanvre ! Ses fibres sont utilisées pour le textile, le papier et les composites. Les résidus de l’extraction des fibres (la chènevotte ou bien l’étoupe) sont parfaits pour l’isolation, les litières ou le paillage des sols. On mange ses graines, on s’enduit de son huile anti-inflammatoire (ou on en parfume nos salades !). Et, ses racines vont même jusqu’à être des “machines naturelles” de détoxification des sols pollués (voir plus bas)…

De nos jours, le chanvre est vraiment poussé par les fabricants conscients de son profil eco-friendly vers une nouvelle percée dans l’économie. Et cette volonté donne lieu à de nombreux projets de recherche et développement.

Le chanvre industriel et sa transformation textile

Fibre de chanvre industriel : une histoire compliquée

fibres de chanvre textile
Les fibres de chanvre font des cordages très résistants et durables. Utilisées autrefois à grande échelle pour les navires à voiles, elles refont une percée économique pour d’autres utilisations, comme dans les matériaux de construction et d’isolation.

La tige de la plante de chanvre est très haute; elle peut pousser jusqu’à plus de 4 mètres. Les fibres contenues dans sa tige étaient jadis très utilisées pour les cordages et les voiles de navire, pour leur haute résistance. Mais cette emploi de la fibre s’effondre avec l’invention des bateaux à vapeur et du métier à tisser le coton (qui est plus facile à transformer que le chanvre). Mais c’est surtout le classement de la plante de Cannabis comme stupéfiant, au 20ème siècle, à cause de ses variétés riches en THC, qui stoppera sa culture.

L’homme va toutefois réintégrer les variétés non psychotropes dès la deuxième partie du 20ème siècle et certains pays, dont la France, vont légalement autoriser leur culture. Il faut qu’elles contiennent moins de 0.2% de THC pour être légalement aptes à la culture et la consommation en France.

Comment la plante de chanvre est-elle transformée en fibres textiles ?

Les fibres de chanvre sont les plus longues et les plus solides fibres végétales. Les fils textiles qui en sont tirés ressemblent à de longs cheveux blonds-gris, très épais. Avant de pouvoir tisser ces “cheveux”, il faut appliquer tout un processus de transformation complexe .

Après la récolte, il faut procéder au rouissage, par des bains d’assez longs, pour pouvoir séparer les fibres de la partie centrale, plus “boisée”, de la tige (en faisant fondre la pectine). Puis il faut broyer les fibres, pour les assouplir, et les passer au séran (un peigne géant en métal) pour les démêler et ne garder que celles qui pourront être passées au rouet. Ce qui n’est pas utilisable en fil, après cette première étape, est appelé l’étoupe et est utilisé dans certaines matières d’isolation et de litières.

Le rouet est le métier à filage qui fabrique les longs fils, en agglomérant plusieurs fibres entre elles. Ce sont ces fils qui pourront ensuite être tissés en textile.

Cette méthode traditionnelle a été classée patrimoine culturel immatériel en France, pour la région du briançonnais. Mais dès le 20ème siècle d’autres méthodes apparaissent qui utilisent des produits chimiques pour réduire le temps de rouissage et faciliter le processus total. Ces produits chimiques peuvent aussi permettre d’assouplir la fibre (pour la rendre assimilable à du coton). Mais ces produits sont très polluants pour l’environnement et la santé.

Heureusement, la sensibilisation aux problèmes environnementaux fait que les pays européens sont restés ou reviennent à un processus mécanique sans chimie, qui suit les étapes traditionnelles mais en utilisant des machines modernes. Des recherches actuelles s’intéressent au développement de machines de rouissage performantes, qui n’endommageront pas plus que les bains tièdes d’antan les fibres de la tige de chanvre.

Avantages et inconvénients de l’utilisation du chanvre textile

L’avantage est très évident sur l’enjeu environnemental, mais le chanvre est encore un peu compliqué à transformer et donc cher à l’achat, ce qui freine son utilisation pour les différentes industries d’application.

Les enjeux environnementaux : un avantage précieux de la culture du chanvre

champs de chanvre pour le textile
On se perdrait volontiers dans ces champs aux hautes tiges de chanvre : leur odeur fait fuir les insectes (donc pas de pesticides !), leur ombre et leur densité empêchent les “mauvaises” herbes de pousser (donc pas de désherbant !) et leurs racines entretiennent les sols et les détoxifient !

Le chanvre s’adapte parfaitement à toutes les conditions de culture : il peut pousser à différentes altitudes, a de faibles besoins en eau (1/20ème de ceux du coton), il grandit vite, sans besoin de traitements pour le protéger. Il est très bien en Europe, où l’eau des pluies lui suffit amplement, ce qui rajoute l’aspect “local” à tous les atouts de sa culture.

En comparant avec le coton (très assoiffé et nécessitant des pesticides) ou le bambou (non local et qui ne peut être utilisé en fil textile isolé) ou encore la laine (non vegan), le chanvre est acclamé. Son seul compétiteur est le lin : fibre écologique et également produite en Europe, localement, le lin est l’autre textile “eco-friendly” par excellence.

Mais le chanvre s’ajoute un argument de taille : la détox… des sols! Ses racines peuvent emmagasiner les métaux lourds présents dans les sols pollués, comme ceux des friches industrielles. On appelle “phytoremédiation” cette technique d’utilisation des plantes pour dépolluer les friches, sans excaver les minéraux (et potentiellement polluer autrement). Cela fait partie des recherches récentes les plus importantes que de savoir si on peut utiliser les mêmes plants de chanvre pour dépolluer et faire du tissu, et donc si on peut transformer les friches industrielles en champs de chanvre à grande échelle. Ces études montreront s’il n’y a effectivement aucun métal lourd résiduel dans les parties aériennes et ligneuses de la plante. Il semble pour l’instant, au vu des premiers résultats, que, outre sa forte tolérance aux métaux lourds, le chanvre arrive à isoler la pollution dans ses racines.

En dehors de l’aspect détox, le chanvre n’abîme en rien le sol qu’il utilise, contrairement au coton qui vide le sol de ses nutriments. Et ses racines tentaculaires étendues entretiennent les sols, les protégeant de l’érosion due aux intempéries et au vent. Quand la plante est récoltée (hors des parcelles de remédiation) les racines restent et nourrissent et protègent le sol encore longtemps.

Les propriétés de la fibre de chanvre pour les vêtements

Grâce aux propriétés de la fibre, le tissu de chanvre a de nombreux atouts. Il est :

  • très solide : le fil de chanvre tissé est vraiment résistant. Les vêtements ne risquent pas de se déchirer après quelques lavages. Il est 4 fois plus résistant que du coton pur.
  • très absorbant : à la fois pour les pigments (les couleurs tiennent bon !) et pour l’humidité corporelle. Cette propriété donne aux vêtements de chanvre un atout anti-bactérien reconnu: pensez aux sous-vêtements en chanvre !
  • imperméable aux UV : la peau est vraiment protégée des rayons nocifs du soleil.
  • adaptable : frais en été, chaud en hiver, comme le lin, le chanvre est agréable en toute saison.
  • versatile : le chanvre se mélange parfaitement avec d’autres fils, coton, lin et soie, mais aussi avec des fils moins “sains” comme le lycra et le nylon. Une des marques “vertes” le mélange même avec du viscose issu du bambou pour des sous-vêtements agréables à porter.
  • doux… mais si on le porte ! En effet les vêtements en pur chanvre sont assez rêches lors des premières utilisations, mais au fur et à mesure deviennent très doux et on ne peut plus s’en passer ! Mais les marques les plus connues préfèrent encore le mélanger à du coton (55%-45%) pour qu’il soit agréable de suite.

Les inconvénients de la fibre de chanvre

Le seul défaut de la fibre de chanvre est le processus de transformation complexe qu’elle nécessite. Pour un processus le moins polluant possible, cela requiert un prix supplémentaire pour la main d’oeuvre, et on n’est plus habitué à dépenser plus de quelques euros pour un t-shirt.

Il faut aussi accepter des fibres moins douces que le coton, si on se passe des produits chimiques pour les assouplir. C’est pourquoi on trouve majoritairement des vêtements en chanvre composés à 45% de coton. Pourtant le chanvre s’adoucit au contact de la peau et par les mouvements du corps, au fil des jours. Après plusieurs utilisations, c’est un vrai plaisir et un vrai bienfait (anti-microbien et protecteur) pour les peaux lésées ou allergiques.

A l’heure actuelle, beaucoup de recherches sont en cours, pour utiliser notamment un enzyme éco-responsable pour traiter les fibres et les transformer en un textile plus doux et plus blanc – et plaire à la fois à la terre et aux consommateurs !

Où trouver des vêtements en chanvre ?

On peut trouver des boutiques offrant des articles contenant du chanvre, plus rarement en 100% chanvre. Le 100% chanvre est plus présent dans les accessoires pour l’instant (sacs, trousses, chapeaux).

vêtements de chanvre
Des t-shirts doux faits de chanvre naturel ? C’est possible ! Pour l’instant les principales marques “vertes” utilisent encore des mélanges avec du coton biologique et/ou du viscose de bambou pour assouplir le fil de chanvre, mais les projets recherche et développement des fabricants se penchent sur l’utilisation d’une enzyme pour adoucir la fibre au moment de sa transformation en fil textile.

En ligne, vous pouvez trouver votre bonheur sur quelques sites spécialisés dans la “fibre responsable”. Voici quelques exemples:

Hempage : c’est une marque présente sur plusieurs sites de vente en France, comme Filabio ou Naturellement Chanvre. Les vêtements sont variés et contiennent 55% de chanvre biologique et 45% de coton biologique. Mais la collection présente également des vêtements 100% chanvre, qui ont l’aspect du lin.

Braintree propose depuis 20 ans des vêtements conçus avec du chanvre, du bambou et du coton biologique de Chine. La marque a choisi d’aider les filières ancestrales, qui s’étaient tournées peu à peu vers les produits chimiques, à revenir vers des processus écologiques. Tous les produits, jusqu’aux traitements finaux (teinture et assouplissant), sont respectueux de l’environnement. Braintree est présent sur plusieurs site marchands dont Daregreen par exemple.

Nomads est une marque canadienne qui s’est spécialisée dans la confection de vêtements strech et urbains qui n’utilisent pourtant que des matières écologiques: chanvre, coton bio, soja bio et viscose de bambou. La collection de sous-vêtements par exemple est jolie, douce à porter, et parfaitement éco-responsable. On peut la trouver sur Filabio.

Conclusion

Conscients que le chanvre textile est un allié de la protection de l’environnement et de notre santé, pour un futur plus vert, les fabricants investissent dans la recherche de méthodes toujours moins polluantes et plus “facilitantes” pour le développement des vêtements à base de chanvre.

Abolir tout produit chimique, tout en assouplissant le fil de chanvre, tout en préservant ses propriétés anti-bactériennes et anti-UV: les challenges de ces recherches sont ambitieuses mais les premiers résultats sont vraiment encourageants.

Parce que l’on va tous vouloir un “dressing responsable”, qui n’abîme ni la terre, ni les conditions de travail, ni notre santé, il faut s’intéresser de près à ces recherches et aux marques qui proposent déjà des vêtements de chanvre. Le chanvre n’a pas fini de nous étonner par ses facultés de protection, présentes à tous les niveaux: de ses racines dépolluantes jusqu’aux manches anti-UV de nos t-shirts !

References

EDP Sciences. La filière du chanvre industriel,éléments de compréhension macro-économiques. Article [En ligne]. <https://www.researchgate.net/publication/283834279_La_filiere_du_chanvre_industriel_elements_de_comprehension_macroeconomiques> Consulté le 21 mars 2020

Université de Lorraine. Caractérisation et valorisation des fibres de chanvres issues de sols et de matériels délaissés. Article [En ligne]. <https://hal.univ-lorraine.fr/tel-01923937/document> Consulté le 21 mars 2020